Laryngite aiguë de l’enfant

Il est 2 heures du matin. Votre enfant se réveille brusquement avec une toux rauque, aboyante, qui ressemble au cri d’un phoque. Sa voix est enrouée, il a du mal à inspirer, et il fait un bruit inquiétant quand il respire. Vous êtes paniqué et lui aussi. Cette scène, des milliers de parents la vivent chaque hiver : c’est la laryngite aiguë, une inflammation du larynx très fréquente chez le jeune enfant, spectaculaire et effrayante, mais le plus souvent bénigne. Nous allons vous expliquer comment la reconnaître, comment soulager votre enfant, et dans quels cas il faut consulter en urgence.

Qu’est-ce que c’est ?

La laryngite aiguë est une inflammation du larynx et des cordes vocales, presque toujours d’origine virale. Le larynx est le carrefour situé à l’entrée de la trachée, qui contient les cordes vocales. Chez le jeune enfant, le larynx est particulièrement étroit (quelques millimètres de gonflement de la muqueuse suffisent à réduire significativement le passage de l’air) ce qui explique que les symptômes soient si bruyants et impressionnants.

Les virus responsables sont les mêmes que ceux du rhume banal : les virus para-influenza (les plus fréquents), le VRS (virus respiratoire syncytial), les virus influenza (grippe), les adénovirus et les rhinovirus. La laryngite survient typiquement dans un contexte de rhinopharyngite banale (nez qui coule, légère fièvre) puis les symptômes laryngés apparaissent brutalement, souvent en pleine nuit.

La laryngite aiguë est très fréquente : elle représente environ 15 % des infections respiratoires de l’enfant. Elle touche principalement les enfants entre 6 mois et 3 ans, avec un pic autour de 18 mois, période où le calibre du larynx est le plus étroit proportionnellement à la taille de l’enfant. Les garçons sont légèrement plus touchés que les filles. Elle survient surtout en automne et en hiver, pendant la saison des virus respiratoires.

Quels sont les signes ?

Le tableau est caractéristique et ne ressemble à aucune autre maladie. L’apparition est typiquement brutale et nocturne : l’enfant se réveille avec une toux rauque, « aboyante », qui évoque le cri d’un phoque ou d’une otarie. La voix est enrouée ou éteinte. La respiration est bruyante à l’inspiration (on entend un bruit rauque appelé stridor, qui traduit le passage difficile de l’air à travers un larynx rétréci).

Dans les formes légères (la grande majorité des cas), l’enfant tousse fort, a la voix rauque, mais respire sans difficulté majeure entre les quintes de toux. Il est réveillé et effrayé, mais il peut parler, boire et ne présente pas de signes de détresse respiratoire.

Dans les formes modérées, le stridor est présent au repos (pas seulement pendant la toux), l’enfant a un léger tirage (les muscles du cou ou entre les côtes se creusent à l’inspiration), et il est agité.

Les signes de gravité qui nécessitent une prise en charge urgente sont : un stridor permanent et intense au repos, un tirage marqué (intercostal, sus-sternal, sous-costal), une cyanose (lèvres bleuâtres), une pâleur, une agitation extrême ou au contraire une somnolence (signe d’épuisement), une impossibilité de boire ou de parler, et un aspect « toxique » de l’enfant (fièvre élevée, prostration).

Quand consulter ?

  • Appelez le 15 immédiatement si votre enfant présente des signes de détresse respiratoire : stridor permanent au repos, tirage marqué, lèvres bleuâtres, difficulté à parler ou à boire, somnolence inhabituelle.
  • Consultez en urgence si votre enfant a moins de 6 mois, si c’est le premier épisode chez un nourrisson, si la fièvre est très élevée avec un état général altéré, ou si les symptômes ne s’améliorent pas après les mesures simples décrites ci-dessous.
  • Consultez votre pédiatre dans la journée si les symptômes persistent au-delà de 48 heures, si les épisodes de laryngite se répètent fréquemment, ou si vous êtes inquiet.
  • Vous pouvez gérer à domicile une laryngite légère chez un enfant de plus de 6 mois, qui tousse et a la voix rauque mais qui respire correctement entre les quintes, qui peut boire et qui n’a pas de signes de gravité.

Comment est-ce pris en charge ?

La prise en charge de la laryngite légère repose sur des mesures simples mais efficaces. La première chose à faire est de rassurer l’enfant et de vous rassurer. L’anxiété et les pleurs aggravent le spasme laryngé et la gêne respiratoire. Prenez votre enfant dans vos bras, parlez-lui calmement, et installez-le en position semi-assise.

L’évolution spontanée de cette toux rauque tend vers une amélioration en 1 ou 2 heures. Ainsi, de nombreuses familles constatent que le simple trajet en voiture vers les urgences, suffit à améliorer les symptômes : à l’arrivée aux urgences, l’enfant va mieux.

Dans les formes modérées à sévères, le traitement repose sur les corticoïdes, administrés par voie orale en dose unique, qui réduisent l’inflammation laryngée en quelques heures. Ce traitement, prescrit par le médecin, est très efficace et bien toléré en cure courte. Toutefois, il ne raccourcit pas la durée d’évolution de la laryngite. Dans les formes sévères vues aux urgences, l’adrénaline en nébulisation peut être utilisée pour un soulagement rapide en attendant l’effet des corticoïdes.

L’hydratation régulière est importante comme en proposant de petites quantités d’eau, fréquemment. La fièvre, si elle est présente et mal tolérée, peut être traitée par du paracétamol (DOLIPRANE).

Le saviez-vous ?

La laryngite aiguë virale de l’enfant est une maladie bénigne dans l’immense majorité des cas. En revanche, il existe une forme de gêne respiratoire infiniment plus dangereuse, qui terrorise les médecins et les familles pendant des siècles : l’épiglottite aiguë. Causée par la bactérie Haemophilus influenzae de type b, l’épiglottite provoqueun gonflement massif de l’épiglotte (le clapet qui ferme le larynx pendant la déglutition), obstruant presque totalement les voies aériennes. C’était une urgence vitale absolue, avec un risque d’asphyxie en quelques heures. Depuis l’introduction du vaccin contre Haemophilus influenzae de type b dans le calendrier vaccinal (en 1992 en France), l’épiglottite a quasiment disparu : c’est l’un des triomphes les plus spectaculaires de la vaccination. Un enfant vacciné selon le calendrier vaccinal en vigueur est protégé contre cette maladie autrefois redoutable. Bien que rare, l’épiglottite doit être considérée : ne jamais allonger un enfant qui est gêné pour respirer.

Sources

Société française de pédiatrie (SFP) ; Société française d’ORL pédiatrique (SFORL) ; Haute Autorité de Santé (HAS) ; Bright Futures Guidelines (AAP, 4e édition).

Cette fiche apporte une information médicale générale et ne saurait se substituer à une consultation avec votre pédiatre.