Asthme de l’enfant

Votre enfant tousse la nuit depuis plusieurs semaines. Il siffle quand il respire après avoir couru. Il a déjà fait plusieurs épisodes de bronchiolite ou de bronchite sifflante, et chaque rhume semble « descendre dans les bronches ». Votre médecin évoque le diagnostic d’asthme, et ce mot vous inquiète — vous imaginez un enfant fragile, limité dans ses activités, dépendant de médicaments. Nous voulons vous rassurer d’emblée : l’asthme de l’enfant est la maladie chronique la plus fréquente de l’enfance, il se contrôle très bien dans la grande majorité des cas, et un enfant asthmatique bien traité peut mener une vie strictement normale — y compris faire du sport de haut niveau.

Qu’est-ce que c’est ?

L’asthme est une maladie inflammatoire chronique des bronches. Les bronches d’un enfant asthmatique sont en permanence le siège d’une inflammation, même quand l’enfant va bien. Cette inflammation rend les bronches « hyperréactives » : face à un stimulus (virus, allergène, effort, froid, pollution, fumée de tabac), les bronches se contractent (bronchospasme), leur muqueuse gonfle (œdème) et produit un excès de mucus. Le calibre des voies aériennes diminue, l’air passe difficilement — c’est la crise d’asthme.

On distingue schématiquement deux grands profils chez l’enfant. L’asthme du nourrisson et du jeune enfant (avant 6 ans), souvent déclenché par les infections virales (on parle de « wheezing viro-induit »), qui disparaît fréquemment avec la croissance — environ deux tiers des nourrissons siffleurs n’auront plus d’asthme après 6 ans. Et l’asthme allergique, qui apparaît souvent après 3-4 ans, volontiers associé à un terrain atopique (eczéma, rhinite allergique, allergie alimentaire), et qui tend à persister plus longtemps.

L’asthme touche environ 10 % des enfants en France, ce qui en fait la maladie chronique pédiatrique la plus fréquente. Sa prévalence a fortement augmenté dans les pays industrialisés au cours des dernières décennies, probablement en lien avec les modifications environnementales et du mode de vie.

Quels sont les symptômes ?

Les symptômes de l’asthme chez l’enfant sont parfois moins typiques que chez l’adulte, ce qui peut retarder le diagnostic. Les signes qui doivent faire évoquer un asthme sont : une toux sèche récurrente, surtout nocturne ou au petit matin, une toux déclenchée par l’effort, le rire, le froid ou l’exposition à des allergènes ; des sifflements expiratoires (les fameux « wheezing », que les parents décrivent souvent comme un bruit de sifflet ou de chat qui ronronne) ; une gêne respiratoire à l’effort, l’enfant qui s’essouffle plus vite que les autres, qui s’arrête pour reprendre son souffle ; et des épisodes répétés de bronchite sifflante — trois épisodes avant l’âge de 3 ans suffisent à définir un asthme du nourrisson.

La crise d’asthme associe une difficulté à respirer (dyspnée), des sifflements audibles, une toux, et une sensation d’oppression thoracique. L’enfant peut être anxieux, préfère rester assis, parle avec difficulté. Dans les crises sévères, les signes de gravité sont : une difficulté à parler ou à manger, un essoufflement au repos, un tirage intercostal (les muscles entre les côtes se creusent à chaque inspiration), une cyanose (lèvres bleuâtres), et un silence auscultatoire (plus de sifflement — signe de gravité extrême car l’air ne passe plus du tout).

Quand consulter ?

  • Appelez le 15 ou rendez-vous aux urgences immédiatement si votre enfant présente une crise d’asthme sévère : il ne peut pas parler, il est très essoufflé au repos, ses lèvres sont bleuâtres, ou le traitement de crise habituel ne le soulage pas après 10 à 15 minutes.
  • Consultez votre pédiatre rapidement si votre enfant tousse la nuit de manière récurrente, s’essouffle à l’effort de façon inhabituelle, ou siffle régulièrement quand il respire.
  • Consultez si l’asthme de votre enfant n’est pas bien contrôlé : il est réveillé la nuit par la toux ou la gêne respiratoire plus d’une fois par semaine, il utilise son bronchodilatateur de secours plus de deux fois par semaine, ou il est limité dans ses activités sportives.
  • Tout épisode d’asthme ayant nécessité une consultation aux urgences ou une hospitalisation doit être suivi d’une réévaluation par votre pédiatre dans les jours qui suivent.

Comment est-ce traité ?

Le traitement de l’asthme repose sur deux piliers complémentaires. Le traitement de la crise (traitement de secours) utilise les bronchodilatateurs d’action rapide, administrés par inhalation, qui relâchent immédiatement les muscles des bronches et soulagent la gêne respiratoire en quelques minutes. Chaque famille d’enfant asthmatique doit avoir ce traitement à disposition en permanence — à la maison, à l’école, en vacances.

Le traitement de fond est le traitement le plus important et le plus mal compris. Il s’agit d’un traitement anti-inflammatoire inhalé quotidien, prescrit en fonction de la sévérité de l’asthme, dont le but est de réduire l’inflammation bronchique chronique et de prévenir les crises. C’est un traitement au long cours — il ne soulage pas instantanément, mais il empêche les crises de survenir. Beaucoup de parents l’arrêtent quand l’enfant va bien, pensant qu’il n’en a plus besoin — c’est l’erreur la plus fréquente et la plus dangereuse dans la gestion de l’asthme.

La technique d’inhalation est fondamentale : un traitement inhalé avec une mauvaise technique ne sert à rien. Chez le nourrisson et le jeune enfant, les médicaments sont administrés via une chambre d’inhalation avec masque facial. La bonne utilisation de ces dispositifs doit être enseignée et vérifiée régulièrement par votre médecin ou votre pharmacien.

L’éducation thérapeutique est essentielle : comprendre la maladie, reconnaître les signes d’aggravation, savoir utiliser le plan d’action personnalisé en cas de crise, maîtriser les dispositifs d’inhalation. Un PAI (Projet d’Accueil Individualisé) est mis en place à l’école pour que le personnel scolaire sache comment réagir.

Prévention

La prévention de l’asthme passe d’abord par l’éviction des facteurs déclenchants. Le tabagisme passif est l’ennemi numéro un : un enfant asthmatique exposé à la fumée de tabac fera plus de crises, plus sévères, avec un moins bon contrôle de la maladie. La maison doit être un espace strictement non-fumeur. L’exposition aux allergènes domestiques (acariens, moisissures, poils d’animaux) doit être réduite si une sensibilisation est identifiée : housse anti-acariens sur le matelas, aération quotidienne, contrôle de l’humidité. La pollution atmosphérique est un facteur aggravant — les jours de pic de pollution, limitez les activités extérieures intenses.

Le sport n’est pas contre-indiqué — au contraire, l’activité physique régulière améliore la capacité respiratoire et le contrôle de l’asthme. Un enfant asthmatique bien traité peut et doit faire du sport. Il suffit de prendre le traitement de secours avant l’effort si nécessaire, d’assurer un échauffement progressif, et d’éviter l’effort intense par temps très froid et sec.

Le saviez-vous ?

La liste des sportifs de haut niveau asthmatiques est impressionnante : des médaillés olympiques de natation, d’athlétisme, de cyclisme, de football. Lors de certains Jeux olympiques d’été, on estimait que plus de 8 % des athlètes étaient asthmatiques — une proportion supérieure à la population générale, probablement parce que l’entraînement intensif peut révéler ou aggraver un asthme, mais surtout parce qu’un asthme bien contrôlé n’empêche absolument pas la performance au plus haut niveau. L’idée que l’asthme interdit le sport est non seulement fausse — elle est dangereuse, car elle conduit des enfants asthmatiques à la sédentarité, ce qui aggrave leur maladie. L’asthme n’est pas une contre-indication au sport : c’est une raison supplémentaire d’en faire.

Sources

Société pédiatrique de pneumologie et d’allergologie (SP2A) ; Haute Autorité de Santé (HAS) ; Société française de pédiatrie (SFP) ; Global Initiative for Asthma (GINA) ; Bright Futures Guidelines (AAP, 4e édition).