Varicelle

Varicelle

La varicelle fait partie de ces maladies que presque tout le monde a connues enfant — les petits boutons qui grattent, la lotion rose sur le visage, les jours à la maison. Pour la plupart des enfants, c’est effectivement une maladie bénigne qui passe en une dizaine de jours. Mais nous tenons à vous aider à bien la reconnaître, à savoir quand elle mérite une attention particulière, et surtout à connaître un piège important : un médicament courant est formellement interdit pendant la varicelle. Voici ce que vous devez savoir.

Qu’est-ce que c’est ?

La varicelle est une infection causée par le virus varicelle-zona (VZV), un virus de la famille des herpèsvirus. C’est l’une des maladies les plus contagieuses qui existent : lorsqu’un enfant non immunisé est en contact avec un malade, il a plus de 90 % de risque d’être contaminé. La transmission se fait de deux façons — par voie aérienne (les gouttelettes respiratoires) et par contact direct avec le liquide contenu dans les vésicules. Un enfant est contagieux à partir de 1 à 2 jours avant l’apparition des boutons et le reste jusqu’à ce que toutes les vésicules soient recouvertes de croûtes, soit environ 5 à 7 jours.

La varicelle touche principalement les enfants de moins de 10 ans, avec un pic entre 2 et 8 ans. Les épidémies surviennent surtout en fin d’hiver et au printemps, et se propagent très rapidement dans les collectivités (écoles, crèches). L’incubation est longue — 10 à 21 jours après le contact — ce qui explique que les épidémies durent plusieurs semaines dans une même classe. En France, on estime qu’environ 700 000 cas surviennent chaque année, et que plus de 90 % de la population a été infectée avant l’âge adulte.

Quels sont les symptômes ?

La maladie débute souvent par un prodrome discret : une fièvre modérée (37,5-38,5 °C), un léger malaise, parfois des maux de tête ou une perte d’appétit. Ces signes passent souvent inaperçus, jusqu’à l’apparition de l’éruption caractéristique.

L’éruption de la varicelle est très reconnaissable. Elle débute typiquement sur le tronc et le cuir chevelu, puis s’étend au visage et aux membres. Les lésions évoluent en plusieurs stades successifs : d’abord de petites taches rouges (macules), qui se transforment rapidement en vésicules — de petites cloques remplies d’un liquide clair, posées sur une base rouge, que l’on décrit classiquement comme une « goutte de rosée sur un pétale de rose ». Ces vésicules se troublent ensuite, se rompent, puis se recouvrent d’une croûte brunâtre qui tombera en 5 à 10 jours.

Ce qui est très caractéristique de la varicelle, c’est que l’éruption survient par poussées successives sur plusieurs jours. Vous observerez donc en même temps sur la peau de votre enfant des lésions à des stades différents — des boutons rouges frais côtoyant des vésicules et des croûtes. Ce mélange de lésions d’âges différents est un signe quasi pathognomonique. L’éruption s’accompagne de démangeaisons intenses, souvent le symptôme le plus difficile à supporter pour l’enfant. Les muqueuses peuvent aussi être atteintes (bouche, organes génitaux), provoquant de petites ulcérations douloureuses.

Quand consulter ?

Dans la forme habituelle (enfant en bonne santé, éruption typique, fièvre modérée), la varicelle peut être gérée à domicile. Toutefois, nous vous recommandons de consulter votre pédiatre dans les situations suivantes :

  • Votre enfant a moins de 1 an — la varicelle du nourrisson mérite une surveillance médicale plus rapprochée.
  • Des lésions cutanées deviennent très rouges, gonflées, chaudes ou douloureuses, ou un écoulement purulent apparaît autour des vésicules — cela évoque une surinfection bactérienne (le plus souvent par le staphylocoque ou le streptocoque), complication la plus fréquente de la varicelle.
  • La fièvre est élevée (supérieure à 39 °C) ou réapparaît après une période d’amélioration — une recrudescence fébrile peut signaler une complication.
  • Votre enfant tousse, respire difficilement ou semble essoufflé — il faut évoquer une atteinte pulmonaire (pneumopathie varicelleuse), rare chez l’enfant mais qui nécessite une prise en charge rapide.
  • Votre enfant présente des troubles de l’équilibre (il titube, marche de façon instable) ou des maux de tête intenses avec vomissements — ces signes peuvent révéler une cérébellite ou, plus rarement, une encéphalite, complications neurologiques de la varicelle qui imposent une consultation urgente.
  • Votre enfant est immunodéprimé (traitement par cortisone au long cours, chimiothérapie, maladie immunitaire) ou a été en contact avec une femme enceinte non immunisée — ces situations nécessitent un avis médical immédiat.

Comment est-ce traité ?

Dans la grande majorité des cas, le traitement est purement symptomatique et vise à soulager votre enfant en attendant que la maladie guérisse d’elle-même.

Pour la fièvre et l’inconfort, donnez du Doliprane (paracétamol). Attention, point essentiel : l’ibuprofène et tous les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont formellement contre-indiqués pendant la varicelle. Leur utilisation a été associée à un risque accru de surinfections cutanées graves, notamment de fasciite nécrosante — une infection sévère des tissus sous la peau. C’est un message important à retenir et à transmettre à votre entourage.

Pour soulager les démangeaisons, quelques mesures simples sont efficaces : des bains, un séchage doux en tamponnant, des ongles coupés très courts (pour limiter les lésions de grattage et le risque de surinfection et de cicatrices), et éventuellement des moufles chez le tout-petit. Habillez votre enfant avec des vêtements en coton léger et amples.

Dans certaines situations particulières (immunodéprimé, notamment), votre pédiatre pourra prescrire un traitement antiviral, d’autant plus efficace qu’il est débuté précocement. Les antibiotiques ne sont utiles qu’en cas de surinfection bactérienne avérée.

Prévention

Un vaccin efficace contre la varicelle existe. En France, contrairement à d’autres pays (comme les États-Unis où la vaccination est systématique), il n’est pas recommandé en routine chez le jeune enfant. La vaccination est en revanche recommandée pour certains groupes spécifiques : les adolescents de plus de 12 ans n’ayant jamais eu la varicelle, les professionnels de santé, et l’entourage des personnes immunodéprimées. En cas de contact avec un malade, une vaccination post-exposition peut être proposée dans les 3 à 5 jours suivant le contact chez les personnes non immunisées à risque.

Au quotidien, les mesures d’hygiène limitent la propagation : lavage des mains fréquent, éviction de la collectivité pendant la phase contagieuse, et attention particulière à éloigner l’enfant malade des femmes enceintes non immunisées, des nouveau-nés et des personnes immunodéprimées.

Sources

Groupe de Pathologie Infectieuse Pédiatrique (GPIP 2023) ; Haute Autorité de Santé (HAS) ; Calendrier vaccinal français 2025 ; Société française de pédiatrie (SFP) ; Bright Futures Guidelines (AAP, 4e édition).

Le saviez-vous ?
La varicelle possède une particularité fascinante : une fois guérie, elle n’a pas vraiment disparu. Le virus VZV ne quitte jamais votre corps — il se réfugie dans les ganglions nerveux sensitifs, où il entre en sommeil, parfois pendant des décennies. Puis, à l’occasion d’une baisse de l’immunité (stress, fatigue, vieillissement, maladie), il peut se « réveiller » et provoquer un zona — une éruption douloureuse localisée le long d’un nerf. C’est en 1888 que le médecin hongrois János Bókay a démontré le lien entre varicelle et zona, en observant des enfants qui développaient une varicelle après avoir été en contact avec un patient atteint de zona. Il aura fallu attendre près d’un siècle pour que le virus soit isolé et que cette intuition clinique soit confirmée en laboratoire. Aujourd’hui, un vaccin contre le zona existe et est recommandé chez les personnes de plus de 65 ans — la boucle est bouclée.